Reconnaître et gérer l’hypothermie

L’hypothermie ne prévient pas : elle s’installe en silence, souvent par temps humide et venteux plus que par grand gel, et frappe aussi en demi-saison ou en montagne l’été.

Savoir la reconnaître à temps et appliquer les bons gestes peut littéralement sauver une vie — à condition aussi d’éviter quelques erreurs qui l’aggravent. Ce guide explique comment repérer l’hypothermie selon son stade, quoi faire en attendant les secours, ce qu’il ne faut surtout pas faire, et comment s’en prémunir en sortie.

Que faire en cas d’hypothermie — mettez la personne à l’abri du froid, du vent et du sol, retirez ses vêtements mouillés, couvrez-la (vêtements secs, couverture de survie, tête comprise) et réchauffez-la progressivement. Donnez une boisson chaude et sucrée seulement si elle est pleinement consciente. Appelez le 15 ou le 112. Ne donnez jamais d’alcool et ne frictionnez pas la peau.

À savoir — l’hypothermie est l’une des urgences que tout pratiquant d’activités de plein air doit savoir gérer. Elle s’inscrit dans le socle plus large des gestes de premiers secours en milieu isolé.

Reconnaître l’hypothermie selon son stade

On parle d’hypothermie quand la température interne du corps passe sous 35 °C. L’Assurance Maladie distingue trois degrés de gravité dans son guide sur l’hypothermie et ses dangers, et c’est leur évolution qu’il faut savoir lire.

StadeTempérature interneSignes
Légère35 à 32 °CFrissons intenses, chair de poule, engourdissement, gestes maladroits
Modérée32 à 28 °CConfusion, élocution difficile, perte de coordination, somnolence
GraveSous 28 °CLes frissons cessent, conscience altérée, fonctions vitales menacées

Retenez un signal contre-intuitif : l’arrêt des frissons n’est pas une amélioration, c’est un signe de gravité. Le corps n’a plus l’énergie de lutter. Une personne qui « ne sent plus le froid », devient confuse ou somnolente, est en danger.

Que faire, étape par étape

L’objectif est double : stopper la perte de chaleur et réchauffer en douceur, sans jamais brusquer l’organisme.

  1. Abritez la personne du froid, du vent et de la pluie, et isolez-la du sol (sac, vêtements, tapis).
  2. Retirez les vêtements mouillés en la manipulant avec douceur, puis habillez-la sec et couvrez la tête et le cou, par où s’échappe beaucoup de chaleur.
  3. Enveloppez-la dans une couverture de survie, face argentée vers le corps pour réfléchir la chaleur. Encore faut-il avoir la bonne : nous comparons les modèles dans notre dossier sur les couvertures de survie.
  4. Réchauffez le tronc progressivement : votre propre chaleur corporelle au contact, ou une source de chaleur douce sur la poitrine et sous les aisselles — jamais directement sur les extrémités.
  5. Donnez une boisson chaude et sucrée et un aliment énergétique, uniquement si la personne est pleinement consciente et capable d’avaler.
  6. Appelez les secours (15, 18 ou 112) dès que possible, et surveillez la respiration.

Les erreurs à ne surtout pas commettre

⚠️ À éviter absolument —

  • Pas d’alcool : il dilate les vaisseaux et accélère la perte de chaleur, malgré la fausse sensation de réchauffement.
  • Pas de friction ni de massage de la peau ou des extrémités.
  • Pas de chaleur brutale sur les mains et les pieds (eau très chaude, feu direct) : on réchauffe le centre du corps, lentement.
  • Pas de mouvements brusques en cas d’hypothermie sévère : manipulez la personne avec une grande douceur.
  • Pas de boisson chaude si la conscience est altérée : risque de fausse route.

Prévenir l’hypothermie en sortie

La prévention repose sur une idée simple : ne jamais laisser le froid prendre l’avantage. Le danger vient autant du vent et de l’humidité que de la température affichée.

  • Le système trois couches : respirante près du corps, isolante au milieu, coupe-vent et imperméable à l’extérieur.
  • Rester sec avant tout : des vêtements humides refroidissent très vite. C’est tout l’enjeu de l’hygiène en bivouac, avec des affaires de nuit réservées et toujours sèches.
  • Couvrir les extrémités : bonnet, gants, tour de cou limitent les pertes.
  • Manger et boire chaud régulièrement : le corps a besoin de carburant pour produire de la chaleur.
  • Ne pas s’immobiliser trop longtemps au froid, surtout en sueur après l’effort.

Enfin, emportez toujours de quoi parer au coup dur. La couverture de survie ne pèse presque rien et doit figurer par défaut dans le contenu de votre trousse de secours de randonnée : c’est la pièce qui change tout quand le froid surprend.

À retenir
  • Hypothermie = température interne sous 35 °C ; l’arrêt des frissons est un signe de gravité.
  • Abriter, sécher, couvrir, réchauffer le tronc en douceur, appeler le 15 ou le 112.
  • Jamais d’alcool, jamais de friction, jamais de chaleur brutale aux extrémités.
  • Prévention : rester sec, se couvrir, manger chaud, garder une couverture de survie.

Questions fréquentes

À partir de quelle température parle-t-on d’hypothermie ?

Lorsque la température interne du corps descend sous 35 °C. Entre 35 et 32 °C l’hypothermie est légère, entre 32 et 28 °C modérée, et en dessous de 28 °C grave, avec une mise en danger des fonctions vitales.

Peut-on faire une hypothermie en été ?

Oui. En montagne, lors d’une baignade en eau froide, ou par temps de pluie et de vent après l’effort, la température corporelle peut chuter même quand l’air semble doux. L’humidité et le vent sont les vrais accélérateurs.

Faut-il retirer les vêtements mouillés d’une personne en hypothermie ?

Oui, en la manipulant doucement, puis la rhabiller avec du sec et la couvrir. En cas d’hypothermie sévère où chaque mouvement est risqué, privilégiez l’isolation et l’appel aux secours sans gestes brusques.

Comment bien utiliser une couverture de survie ?

Enveloppez la personne en plaçant la face argentée vers le corps pour réfléchir sa chaleur, sur des vêtements secs. Couvrez aussi la tête. C’est un complément au réchauffement, pas un substitut à l’appel des secours.

Le froid pardonne mal l’imprudence, mais récompense la préparation. Connaître ces signes et ces gestes, garder une couverture de survie au fond du sac et savoir renoncer à temps : voilà ce qui sépare une frayeur d’un accident.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas une formation aux premiers secours ni l’avis d’un professionnel de santé. L’hypothermie modérée à grave est une urgence vitale : en cas de doute, appelez immédiatement le 15 ou le 112.